Y’a des jours, t’as moins de patience que d’habitude.
Surtout en période de régime.
Et justement, la semaine dernière, j’étais en plein dans ma période je-tente-un-régime-pour-la-20ème-fois-ce-mois-ci-mais-je-ne-désespère-pas-de-tenir-une-heure-sans-grignoter (surtout que ça y est, j’ai fini mon pot de nutella pour ne plus rien avoir à me tenter dans le placard). Autant dire que le régime est à ma bonne humeur ce qu’une étincelle est à une bombonne de gaz : ça me rend explosive !
En gros, faut pas me faire chier, tu vois.
Surtout quand j’en suis à ma 3ème heure de sevrage de la journée (certes, pas 3 heures d’affilée) et que Pauline -alias MissTasspé - a décidé (et non pas décédé -et c’est bien dommage-) de te hérisser le poil avec sa bonne humeur légendaire qui n’a rien à envier à la mienne en ces temps de diète.
La biatch.
Lundi, conseil de classe. Elle est là en tant que dégueulée déléguée. A sa moyenne catastrophique, le proviseur lui demande ce qu’elle fout un peu là.
D’ailleurs, moi aussi je me demande ce que je fous un peu là alors qu’il y a Money Drop à la téloche.
- Bah, c’est parce que je suis obligée et comme je savais pas quoi faire, je croyais que le secrétariat ça serait facile. Mais moi les cours, ça m’intéresse pas, après j’voulais aussi faire serveuse mais mes copines m’ont dit que j’allais trop m’galérer, alors j’ai décidé d’aller en coiffure l’année prochaine, faut juste que je me trouve un patron.
- Faut surtout que tu te trouves un cerveau. Mais tu as conscience que c’est pas si facile de trouver un patron et que tu seras quand même face à des contraintes comme de travailler le samedi, de faire des grosses journées, sans parler que la coiffure, c’est une filière bouchée ?!
En plus, j’ose même pas imaginer la coupe qu’elle serait capable de faire si une cliente avait une remarque désobligeante.

Par ailleurs, faut savoir aussi que MissTasspé a une liste de colles aussi longue que ma wish-list de Noël dernier.
Preuve en est, elle est collée 2 heures tous les mercredis jusqu’à la fin de l’année, que ce soit pour les retards systématiques à chacun des cours, ou les pauses pipi qu’elle s’octroie pour passer des coups de fil ou faire des batailles d’eau dans le couloir, ou encore pour son insolence à faire pâlir de jalousie un Mickaël Vendetta.
J’en ai d’ailleurs fait les frais mardi, lendemain du conseil de classe.
- M’dame, vous habitez loin du lycée ?
- Non, à une quinzaine de kilomètres.
- Haaaaan mais c’est la campagne ! C’est comme vous !

Quelques jours plus tard…
- M’dame, j’peux aller à l’infirmerie ?
- Non.
- Comment ça, « non » ?
- Non. N.O.N. Non.
- Mais j’ai mal au ventre !
- Tu pourrais avoir mal au ventre, à la tête et au cul que je te dirai non quand même. Pas mon problème.
- Vous vous en fichez que j’ai mal ?
- Oui. De plus, on les connait tes petits combines pour esquiver les cours. T’es rentrée dans la classe en gambadant, tu viens de passer une demie heure avec l’assistante d’anglais, t’avais largement le temps d’aller à l’infirmerie !
- Ouais, mais j’ai pas pensé.
- C’est que t’as pas mal, alors. Maintenant, tu vas t’asseoir, on fait l’interro de compréhension orale.
- Mais puisque je vous dis que j’ai mal ! Eh puis, je vais pas le faire votre contrôle !
- Ben t’auras zéro, c’est tout.
- J’m'en fous d’avoir zéro ! Et puis j’y vais à l’infirmerie, c’est pas vous qui allez m’en empêcher.
- Ben c’est ça, va-y, CASSE-TOI !!!
Oui, j’ai perdu mon sang froid. J’ai même été dire aux autres que c’était à cause de cette « Pétasse » qu’elles ne m’auraient pas l’année prochaine, que trop c’est trop.
- Quoi M’dame ? A cause d’une seule fille vous ne reprenez pas l’année prochaine ???!

- Mais vous pouvez pas nous faire ça !

- Surtout qu’elle ne sera plus là !

- Ben je ne vais pas courir le risque, car d’une elle ne trouvera pas de patron donc il y a de fortes malchances qu’elle reste, et de deux, elle refuse d’écrire une lettre de démission, quoiqu’elle en dise d’en avoir marre du lycée. C’est bon, moi j’ai donné, hein, j’en suis arrivée au point G, comme Gerbe. Le simple fait de la voir, ça me donne la nausée, c’est physique.
J’ai été réconfortée par leur déception. Ca m’a remonté le moral de les voir affligées.
Sauf que ces larmounettes, c’était par crainte d’avoir une collègue qui tient ses classes de façon quasi-militaire.
- Mais on veut pas l’avoir, elle !!!

Ouch !
Mais ce qui a fini de m’achever, c’est que Misstasspé soit dispensée de cours cette semaine, pour aller effectuer un stage d’une semaine dans une entreprise, afin de la « remotiver ».
Et à son retour, on lui donnera une médaille en chocolat aussi ???!
Et à l’inverse, que fait-on pour nos élèves qui s’accrochent, s’investissent, et surtout, sont respectueux ?
Ceux qui ne se battent pas à coup de couteau ou autre bombe lacrymo devant le lycée (surtout un soir de portes ouvertes…) ?
Ceux qui ne s’amusent pas à se faire une bataille de pain en cours ?
Ceux qui ne te jettent pas une paire de ciseaux parce qu’on leur a demandé de se déplacer ?
Ceux qui à l’instar de Misstasspé pètent plus haut que leur cul et qui sont intouchables ?
Ceux qui brûlent une capuche d’une élève en plein cours et qu’on tente d’étouffer l’affaire pour ne pas faire de vague ?
Ceux qui te font perdre ta bienveillance en usant ton stock de patience et compréhension au point d’aller les critiquer avec une classe de choupinettes, après que MissTasspé soit rentrée dans ta classe par mégarde, sans frapper ni s’excuser de s’être trompée de salle :
- (choupinettes): Ha ha, quelle gourde !
- Vous l’aimez pas, vous non plus, à ce que j’vois ?
- Nan, elle s’y croit trop cette meuf ! Vous l’avez ?
- Hélas…
- Elle s’appelle comment ?
- Pauline. Avec un « P » comme pétasse.
- (une choupinette): Mais M’dame ! Moi aussi je m’appelle Pauline !
